On le dit insensible, mauvais. L'enfant est juste malade. Il est atteint d'une incapacité de transmission des émotions. Il ne ressent pas de joie, pas de peur, et il ne peut pas aimer. Les gens, donc, eux qui en son capables, ne l'aiment pas. L'incapacité se transmet ou accentue la capacité des autres: l'enfant n'aime pas, on ne peut pas l'aimer ; l'enfant n'a pas peur, on se méfie, on l'évite, on lui confisque cette peur comme pour le narguer: "regarde bien ce que je suis capable de faire, tu n'en est pas capable, n'est-ce pas?"
S'il le pouvait, l'enfant serait triste. Il pleurerait, s'assierait dans un coin pour se cacher. C'est etonnant d'ailleurs, comme les petits se cachent dans les coins pour pleurer, comme si la réunion des deux murs formaient une barrière infranchissable. L'enfant alors, serait banal, et les gens s'approcheraient pour le consoler, lui ,donneraient un bonbon, et irait mieux. Mais voilà, l'enfant est malade. Il est atteint d'une incapacité de transmission des émotions. Il reste là, planté dans la cour de l'école, un eventail qui fait peur aux corbeaux. Il reste là, et les enfants jouent autour en laissant un périmètre de sécurité d'un ou deux mètres.
Parfois, il essaie de faire comme eux. Il prend un ballon de foot, et tape dedans de toutes ses forces, et le ballon sort de la cour ou frappe un enfant au visage. Alors une grande personne arrive, et lui crie dessus, le met au coin, pour le forcer à pleurer, "à faire le normal", se dit l'enfant. Mais il n'y arrive pas. Il est malade. Il est atteint d'une incapacité de transmission des émotions. Alors il retourne dans la cour, et les autres continuent de courir, de s'amuser autour de lui. Il regarde. C'est la seule chose qu'il peut faire.
Souvent l'enfant reste si longtemps là sans bouger, qu'on l'oublie, qu'on s'habitue presque à ce petit bizarre qui ne parle jamais. Parler, il le peut, mais il n'en ressent pas le besoin, il ne peut pas le ressentir. Quand on lui pose une question du genre; "pourquoi tu bouges pas?", "t'es fou?". Il repond avec les yeux. Il regarde fixement , il ne bronche pas, ne cligne pas des des paupières, et les gens imaginent la réponse. Parfois aussi il ne le font pas, et l'enfant croit qu'ils sont malades. Qu'ils ne peuvent pas imaginer. Alors il sourit, d'un sourire crispé, d'un sourire comme il en a vu sur les gens et qu'il a copié. La personne croit qu'il se moque de lui, se vexe, le frappe. Elle repête: "t'es fou!" "ta place est à l'asile!".
L'enfant ne se defend pas. La douleur est la seule chose qu'il puisse ressentir. Il ne veut pas la faire fuir. Il se dit que s'il se debat la douleur ne voudra plus être son amie, et il sera seul. Parfois l'enfant court vers le mur de l'école. Il ne s'arrête que contre le mur. Il arrive qu'il y aie une tâche rouge au niveau de sa tête sur le mur. Il a souvent remarqué que la douleur est plus présente quand il y a du rouge sur le mur.
Et il se sent moins seul.
Texte écrit en période de non-déprime, je tiens a le préciser ^^
photo de moi =)